Sophie Le Meillour, artiste visuelle plasticienne, interroge les contrastes entre mondes analogiques et numériques

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6 Juillet 2020

Covid-Out a rencontré Sophie Le Meillour, une artiste plasticienne qui nous parle de sa démarche artistique qui interroge les liens et contrastes entre mondes analogiques et numériques. Sophie nous livres notamment ses réflexions vis à vis de la situation sanitaire que nous traversons, et nous parle du rapport intime qu'elle entretient avec sa créativité et ses sources d'inspirations.


Covid-Out : Sophie, merci de ton accueil - pourrais-tu te présenter à nos lecteurs et nous expliquer quand et comment a démarré ton aventure artistique ?

Sophie : Je suis artiste visuelle plasticienne, indépendante et basée à Genève. Je suis née à Toulouse en 1988. Mon envie d’aller dans une branche créative s’est dévoilée durant les premiers cours d’art plastique que j'ai suivis à 12-13 ans. J’ai ensuite fait un BAC STI Arts appliqués à Laval encadré par d’excellents professeurs où l’on expérimentait autant la mode, le design produit, le graphisme que les expressions plastiques, le modèle vivant. Cette pluridisciplinarité m’a beaucoup attirée !


Après 2 ans passée à Paris en édition, j’entame un bachelor à la HEAD section communication visuelle. C’est en côtoyant la scène artistique locale que je découvre le VJing (NDLR: pratique artistique qui désigne la performance visuelle en temps réel), sur la scène de l’Usine notamment (NDLR: centre artistique auto-géré incontournable de la scène artistique en Suisse Romande) puis dans le cadre du Mapping festival de Genève (NDLR: un événement international dédié à l’art audiovisuel et aux cultures numériques, crée en 2005 à Genève). La multi-projection en temps réel que l’on retrouve dans les clubs me conduiront plus tard à créer mes propres visuels pour de multiples applications.


Covid-Out : Peux-tu nous présenter en quoi consiste ta démarche créative, et l'objet spécifique de tes créations actuellement ?

Sophie : Depuis mon arrivée à Genève en 2009, j’explore les facettes de l’image, du trait au mouvement, en relation avec l’architecture, les nouveaux médias et le matériau filmique. Je développe aussi tout un travail plastique (dessins, photographies, vidéos) que j’aime adapter lors de mes collaborations avec des chorégraphes, musiciens etc...


Je développe aussi un travail plastique immersif et onirique sous forme de dessins, photos, vidéos, sérigraphies et d’installations, en jouant avec les échelles et en plaçant l’humain au centre de l’installation. Les textures « organiques » sont au cœur de mes recherches : prélever des images en provenance de la nature, capter leurs matières sous différentes lumières les rendant abstraites. Par exemple, « Beyond » est un travail de résidence au Campus Biotech de Genève avec Fabrice Starzinskas autour de l'électromagnétisme et les tensions qu’il peut y avoir entre les matières.

La dichotomie que l’on retrouve entre l’analogique et le numérique représente le fer de lance de ma pratique artistique. Ma méthode de travail démarre toujours du "fait main”, le trait que j’anime dans un second temps à l’aide de nouvelles technologies. J’ajoute que la cause féministe est une thématique redondante dans mon travail.

Je confronte les dichotomies artistiques traditionnelles comme l’organique contre l’art artificiel et l’analogique contre le numérique. Tout en utilisant les nouvelles technologies, je créée des images “fait main”, mettant en avant le hasard du trait, du mouvement, de l'expérience.

Le projet « Beyond »

Covid-Out : Quelles sont les conditions psychologiques, temporelles ou environnementales que tu as besoin de réunir dans ton travail pour te sentir créative ?

Sophie : A propos des conditions psychologiques je dirais qu’il faut que je sois reposée, et en bonne santé pour produire. Les épreuves de la vie et émotions (tristesse / chagrins) sont assujettis à la création. Je peux aussi bien travailler de jour comme de nuit.

En ce qui concerne l’environnement, j’ai travaillé dans différents lieux. En sortant de l'école, j’ai eu la chance de partager un atelier de la ville en haut de l’Usine avec l’artiste sonore, Julie Semoroz pendant 3 ans. Cela nous a donné l’opportunité d’expérimenter et réaliser plein de projets où tout était possible. Mais cette période s’est suivie de 4 ans de “précarité d’espace”, je travaillais dans ma chambre en colocation. C’est là où j’ai commencé à voyager dans plein de villes européennes pour expérimenter de nouveaux terrains de jeux, autant culturels que sociaux, et à sortir de ma zone en m’adaptant toujours à l'environnement.

J'ai alors réalisé qu’il était possible de créer sans atelier ni même de maison, et que les recherches étaient enrichies des paysages et rencontres.


Depuis 2 ans, j’ai de nouveau un atelier partagé avec 2 super peintres Gus et Gabriel, à la coopérative Ressources Urbaines Les Saules à Genève, qui met à disposition des artistes des ateliers à de petits prix. C’est un luxe précieux de bénéficier de cet espace de travail lumineux à petit prix. Cela assure également une stabilité.C'est important.

Covid-Out : T'est-il déjà arrivé de ressentir le manque d'inspiration ? Quelles sont tes conseils et tes parades personnelles pour essayer de la retrouver ?

Sophie : Je dirais un manque de force à la production… Où le cœur n’était pas au rendez-vous. Cela m’encourageait à bouger de Genève, à aller voir des amis ou la famille et me mettre dans un autre environnement. Mes conseils seraient de sortir de sa bulle de confort, tester, expérimenter, oser passer les frontières inconnues, être curieux, s’enrichir des autres, et de la différence.


Covid-Out : Est-ce que ton travail et tes performances ont été impactés d'une façon ou d'une autre durant la période de semi-confinement ? Comment ?

Sophie : Oui, en temps normal, l’été est un moment fort de l’année où je collabore avec plusieurs festivals européens. Le confinement a donc entraîné une annulation de tous mes événements entre mars et septembre 2020. En revanche, se retrouver sans aucune obligation, ni deadline, m’a donné de l'espace pour développer des travaux personnels que je ne prenais pas ou plus le temps de faire comme la lecture, la broderie et la poterie. Le confinement a été une belle opportunité pour moi de ralentir la cadence, de passer du temps avec mes proches et d'activer d’autres sources de créativité. Quel bien fou ! J’ai pu expérimenter la 3D, où je cherchais à représenter notre printemps d’une manière artificielle et malade.


Covid-Out : Cette période a-t-elle aussi été source de nouvelles réflexions sur la conduite du monde, d'inspirations, de la manière dont il a réagi à cette crise ?

Sophie : En effet, il y a eu une prise de conscience collective, de prendre soin de la Nature et de soi. Pendant le confinement j’ai eu la chance d'être chez ma sœur, son compagnon, ma nièce de 2 ans et mon petit frère sur la côte bretonne, où nous avions une très bonne hygiène de vie. Nous avions le temps de cuisiner avec de bons aliments bio et locaux, je me suis mise au footing et faisais des exercices à la maison tous les jours. J’ai aussi lu le magazine National Geographic avec 2 scénarios possible dans 50 ans, ce qui m’a beaucoup questionné, et a ouvert différents débats avec mes proches sur nos habitudes de vies.


Dès mon retour en suisse, je me suis inscrite au jardin urbain UTOPIANA (art & écologie), où j’apprends à m'occuper du jardin, à découvrir les fleurs sauvages comestibles. Quel bonheur de passer des journées entières dehors loin des ordinateurs, les mains dans la terre. C’est de plus une belle richesse dans les rencontres des personnalités très variées. Cette crise sanitaire m’a aussi réveillé à devenir plus éco-responsable autant dans mes déplacements, mon alimentation ou mon travail.


Merci pour ton accueil Sophie et pour cette lucarne que tu nous as accordée pour expliquer ton travail.


Vous pouvez retrouver les œuvres de Sophie Le Meillour tout récemment sur les murs du bar La petite Reine à Genève, pour une performance immersive à Genève les 12 et 13 Décembre pour le Lancy en lumières où projection mapping et danse contemporaine seront en fusion. Sophie est aussi en train de concevoir des dessins qui seront imprimés sur des tee-shirts et pulls pour l’automne… A suivre !

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